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Oui, il faut garder le cap, même – et surtout - dans le brouillard !
L’imprévisible et l’incertain sont devenus des valeurs standard de notre environnement, qu’on le veuille ou non. Et pourtant les canons de la beauté économique et les indicateurs de la science managériale restent coincés sur le « prévisible » et le « potentiel ». Un décalage, entre le monde réel des uns et l’univers espéré des autres, qui devient pour le moins exaspérant. Et pour tout dire contre-productif. Echanges avec Philippe Delwarde, Directeur Général de Quaternaire.
Il ne faut pas être grand clerc pour analyser que notre quotidien est de plus en plus imprévisible et instable. Et que du coup, naturellement, il est déstabilisant. Les cycles de vie des produits, des marques et des entreprises sont de plus en plus courts, sur des marchés toujours plus difficiles à percevoir parce que vraiment mondiaux. Certains symptômes de cette évolution sont très apparents : l’instabilité des coûts des matières premières, la frénésie de rachats successifs sur certains marchés, des marques hier insubmersibles qui font naufrage et de nouvelles qui s’imposent dans un laps de temps très court, la reconfiguration express des conditions de l'accès à l'information, une palette de produits et services qui quitte de plus en plus le standard pour aller vers le sur-mesure et le customisé, des rapports producteurs/consommateurs qui se durcissent…
Et pourtant, nous sommes toujours soumis à la dictature de la prévision, des sondages, du marketing, de la gestion/planification… Comme si de rien n’était, les gourous et autres experts de la vie comme elle va continuent de nous affirmer que leur art de la prévision reste le seul valable. Ces prévisionnistes, ces sondeurs qui continuent de prévoir l'avenir à partir d’éléments statistiques et de modèles provenant du passé. Eux qui nous répètent que notre monde et nos fonctionnements collectifs et individuels, que nos économies et nos modes de travail peuvent – doivent ! - s’organiser autour d’indicateurs prévisibles, de courbes contrôlables… Eux qui nous assènent toujours les mêmes modèles politiques ou philosophiques, alors même que nous tous savons combien les valeurs de notre monde sont bousculées, de la politique à l’école, de la justice à l’entreprise.
Un peu de bon sens suffit pourtant pour identifier que la certitude n’est plus la valeur cardinale de nos existences, de notre monde économique. En exploitant ces « capteurs sensoriels » incroyablement sophistiqués qui nous sont donnés – nos collègues commerciaux ou acheteurs, nos voisins managers de proximité et chefs d’équipe, nos interlocuteurs chauffeurs-livreurs et professeurs de nos enfants, voire nos enfants eux-mêmes… -, nous voyons très vite que l’incertitude, que l’imprévisible, que l’instable est devenu le premier identifiant de notre univers. Il ne s’agit ni de s’en offusquer, ni de s’en féliciter. Il faut s’en persuader. Et il faut apprendre à vivre et travailler avec. Les dirigeants et les managers en particulier sont parmi les premiers à subir les conséquences de cette instabilité. Et ils doivent impérativement en tenir compte. Difficiles pour eux de s’appuyer sur le mesurable et le prévisible, alors qu’ils sont comme tout le monde dans le brouillard, pour choisir la bonne direction. Et pourtant plus que jamais il leur faut décider d’un cap clair, tout en acceptant d'être dans le brouillard !
Dans notre univers complexe et de moins en moins prévisible, le manager efficace devient évidemment celui qui sait gérer l’imprévisible. Celui qui sait absorber la modification des boucles de temps : la prévision passe de l'année au trimestre, du mois à la semaine… Celui qui anticipe en imaginant des scénarii alternatifs et en construisant des alliances stratégiques, celui qui prépare une entreprise Lean en ligne avec le business réel, qui organise une entreprise étendue pour mobiliser les bonnes ressources au bon moment, celui qui fait en sorte que ses équipes soient entraînées à bouger, à évoluer, à agir vite.…
Dans notre univers bousculé, ce sont plus que jamais la capacité à mobiliser les équipes, la capacité à donner du sens à leur mobilisation, la capacité à favoriser la cohésion des équipes et la performance collective, qui vont primer.
Philippe Delwarde
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